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LE LABO · Est-ce vrai que… · Nº 24

Histoires ou exercices, qu'est-ce qui marche ? — les histoires se retiennent mieux, les exercices gardent leur place

Par Débonnaire · 4 min de lecture

Le problème

Sur ton téléphone, deux applis. L’une te fait taper « le chat mange la pomme » cinquante fois, avec un carillon à chaque bonne réponse. L’autre te propose une histoire courte que tu comprends à moitié. Tu passes une semaine sur la première, tu gagnes des points, et le vendredi tu ne saurais pas dire une phrase sur ta journée. Tu lis la seconde une fois, et trois jours plus tard tu te souviens encore du nom du personnage et de sa dispute avec son frère. Tu ne sais plus laquelle est « sérieuse ».

Ton cerveau, lui, a déjà tranché : il garde ce qui a une suite.

Ce que la recherche a trouvé

Mar, Li, Nguyen et Ta (2021) ont rassemblé 37 articles, 150 comparaisons et plus de 33 000 participants, pour répondre à une question simple : retient-on mieux un récit ou un texte explicatif, à contenu comparable ? Un récit a un personnage, un lieu, un problème, une suite d’événements. Un texte explicatif expose des faits, comme un manuel ou une liste de règles. Les récits étaient mieux compris et mieux rappelés, avec un effet g = 0,55, un effet moyen, stable d’une étude à l’autre : retirer n’importe quel article ne changeait pas la conclusion.

Le mécanisme tient à la façon dont on lit. Dans une histoire, chaque phrase répond à une attente créée par la précédente : qui parle, pourquoi, et ensuite ? Ces liens de cause et de temps font que chaque détail s’accroche à un autre. Quand tu veux te rappeler la ville de Nadia, tu ne cherches pas un mot isolé, tu remontes le fil : elle habite là parce qu’elle y travaille, et le samedi elle fait ceci. Un texte explicatif, ou un exercice répété, n’offre pas de fil ; chaque élément doit tenir seul.

Est-ce que ça condamne les exercices ? Non, et c’est Nation (2007) qui l’a le mieux dit. Il propose de partager le temps d’apprentissage en quatre parts égales : comprendre par le sens (lire, écouter des histoires), produire par le sens (parler, écrire), travailler la langue elle-même (mots, formes, sons, c’est la part des exercices), et développer la fluidité sur ce qu’on connaît déjà. Un quart, pas la moitié, pas zéro. Les histoires t’ouvrent la porte des mots ; les exercices t’aident à les tenir en main.

Fais ça aujourd’hui

Prends l’exercice que tu répètes en ce moment, une liste de mots ou une conjugaison. Écris, en trois phrases, une toute petite histoire qui les utilise : quelqu’un, quelque part, un problème. Elle peut être bête. Lis-la à voix haute, cache-la, redis-la. Tu viens de faire passer ton exercice du côté des récits, sans changer une seule forme à apprendre.

Comment nos leçons l’utilisent

Nos supports sont des histoires, et ce n’est pas un choix de style. L’activité de lecture « Je m’appelle Nadia » (A1) te fait lire un récit court, le cacher et retrouver trois détails : son prénom, sa ville, ce qu’elle aime faire le samedi. Puis « Dis-le à ta façon » te demande trois phrases sur toi, ce qui correspond à la part « produire par le sens » de Nation. Sur la chaîne YouTube, « L’ascenseur » raconte une petite scène, et sa version shadowing, avec des pauses pour répéter, en fait ta part de fluidité. Je m’appelle Nadia (A1)

La limite honnête

Mar et ses collègues ont comparé des textes lus le plus souvent dans la langue maternelle, par des élèves et des étudiants, pas des textes en langue étrangère par des débutants. L’effet porte sur la compréhension et le rappel du contenu, pas sur la mémoire de la forme exacte des mots. Nation (2007) est une proposition pédagogique argumentée, pas une expérience contrôlée : ses quatre quarts sont un repère, pas une mesure.

Tes questions

Si les histoires marchent mieux, pourquoi ne pas laisser tomber les exercices ?

Parce qu'une histoire te fait rencontrer un mot, pas forcément le maîtriser. Nation (2007) réserve un quart du temps à ce travail ciblé sur la langue elle-même.

Les histoires pour enfants comptent ?

Oui, si tu y prends plaisir. Ce qui compte, c'est qu'il y ait un personnage, un problème et une suite, pas l'âge du lecteur visé.

Je retiens l'histoire, mais pas les mots précis. C'est normal ?

Très. Le récit donne un fil qui aide à retrouver le sens. Pour fixer la forme exacte d'un mot, il faut le rappeler et le réutiliser, en dehors de l'histoire aussi.

Références

Mar, R. A., Li, J., Nguyen, A. T. P., & Ta, C. P. (2021). Memory and comprehension of narrative versus expository texts: A meta-analysis. Psychonomic Bulletin & Review, 28, 732–749. doi:10.3758/s13423-020-01853-1

Nation, P. (2007). The four strands. Innovation in Language Learning and Teaching, 1(1), 2–13. doi:10.2167/illt039.0

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