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LE LABO · Est-ce vrai que… · Nº 25

Le bon état d'esprit suffit-il pour apprendre ? — non, la méthode bat le discours, et la douceur reste utile

Par Débonnaire · 4 min de lecture

Le problème

Tu as regardé une vidéo qui t’a fait du bien : le français, c’est une question de mentalité, il faut y croire, se répéter qu’on peut. Tu as noté trois phrases positives sur un post-it, collé sur l’écran. Deux semaines plus tard, le post-it est toujours là, ton français aussi, au même endroit. Et maintenant tu te reproches en plus de ne pas y croire assez fort.

Tu n’as pas manqué de foi : on t’a donné un discours à la place d’une méthode.

Ce que la recherche a trouvé

L’idée de la « mentalité de croissance » dit qu’en croyant que l’intelligence se développe, on apprend mieux. Elle a produit des milliers d’ateliers et de discours. Deux équipes ont voulu savoir ce qu’elle produisait vraiment.

Sisk, Burgoyne, Sun, Butler et Macnamara (2018) ont d’abord rassemblé 273 études sur le lien entre cette croyance et les résultats scolaires, chez près de 366 000 élèves. Le lien est faible. Puis ils ont regardé 43 études d’interventions, où l’on essaie de changer la croyance, chez plus de 57 000 élèves. L’effet moyen sur les résultats était d = 0,08 : le d compte l’écart entre deux groupes en parts d’écart-type, et 0,08 est à peine visible.

Macnamara et Burgoyne (2023) ont repris le dossier avec plus d’études et une grille de qualité. Sur 63 études et 97 672 élèves, l’effet moyen des interventions est d = 0,05, et il devient nul si l’on corrige le biais de publication, le fait que les résultats positifs sont plus souvent publiés. Dans les six études les mieux construites, l’effet tombe à 0,02. Détail qui compte : les chercheurs ayant un intérêt financier dans ces programmes trouvaient des effets plus grands que les autres.

Le mécanisme n’est pas mystérieux. Une croyance ne fait rien par elle-même ; elle ne compte que si elle change ce que tu fais le lendemain. Or ce que tu fais, on peut le changer directement, sans passer par le discours : te rappeler au lieu de relire, espacer au lieu d’entasser, parler au lieu d’attendre. Ces gestes ont des effets mesurés dans les autres articles de cette série, dix fois plus grands que 0,05. Le meilleur remède au découragement, ce n’est pas d’y croire plus fort, c’est de voir un progrès réel la semaine suivante.

Fais ça aujourd’hui

Retire le post-it. À la place, écris une seule ligne : ce que tu feras demain, à quelle heure, pendant combien de minutes. Par exemple : « demain, 7 h 50, cinq minutes, je me rappelle l’histoire d’hier sans la relire ». Une action datée bat une phrase inspirante, parce qu’elle se vérifie. Le soir, tu coches ou tu ne coches pas ; les deux réponses t’apprennent quelque chose.

Comment nos leçons l’utilisent

Nos leçons ne te demandent pas d’y croire, elles te donnent un geste. Dans l’activité de lecture « Je m’appelle Nadia » (A1), tu lis, tu caches, et tu essaies de retrouver trois détails : son prénom, sa ville, ce qu’elle aime faire le samedi. Puis tu vérifies. Ce que tu retrouves, tu le vois ; ce que tu rates, tu le vois aussi, sans jugement. Ensuite, « Dis-le à ta façon » te fait dire trois phrases sur toi. Le progrès se constate, il ne se décrète pas. Je m’appelle Nadia (A1)

La limite honnête

Ces méta-analyses portent sur les résultats scolaires d’élèves et d’étudiants, surtout aux États-Unis, pas sur des adultes apprenant une langue. Sisk et ses collègues notent que les élèves en difficulté ou de milieu modeste tirent parfois un petit bénéfice des interventions. Rien ici ne dit que la bienveillance envers soi ne sert à rien : elle t’aide à continuer, et continuer est ce qui fait apprendre. Elle ne remplace simplement pas la méthode.

Tes questions

Donc croire qu'on peut progresser ne sert à rien ?

Y croire est vrai, et c'est agréable. Mais les études montrent que le dire aux gens ne change presque pas leurs résultats. Ce qui les change, c'est la façon de travailler.

Je me décourage vite. Qu'est-ce que je fais de ça ?

Tu réduis la taille du pas. Un rappel de trois détails, un jour sur deux, se tient même les semaines où tu n'y crois pas.

Les cours qui promettent de « débloquer » l'oral en changeant d'attitude, c'est du vent ?

Si la méthode derrière est bonne, l'attitude viendra avec les premiers progrès. Si la seule méthode est l'attitude, les preuves ne suivent pas.

Références

Macnamara, B. N., & Burgoyne, A. P. (2023). Do growth mindset interventions impact students' academic achievement? A systematic review and meta-analysis with recommendations for best practices. Psychological Bulletin, 149(3–4), 133–173. doi:10.1037/bul0000352

Sisk, V. F., Burgoyne, A. P., Sun, J., Butler, J. L., & Macnamara, B. N. (2018). To what extent and under which circumstances are growth mind-sets important to academic achievement? Two meta-analyses. Psychological Science, 29(4), 549–571. doi:10.1177/0956797617739704

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