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LE LABO · L’examen · Nº 28

Je n'ai rien à dire à l'oral : construis une coque de phrases toutes faites, puis remplis-la avec ta vie

Par Débonnaire · 4 min de lecture

Le problème

L’examinateur te tend la consigne : « Parlez d’une activité que vous aimez. » Tu aimes plein de choses. Mais en français, à cet instant, ta tête est une pièce vide. Tu commences « J’aime… », tu cherches le mot, tu le trouves, tu perds la phrase. Chaque silence te paraît long comme une minute. En sortant, tu penses à tout ce que tu aurais pu dire. Ce n’est pas que tu n’as rien à dire : c’est que tu construis chaque phrase à partir de zéro pendant qu’on te regarde.

Ce que la recherche a trouvé

Frank Boers et ses collègues (Boers et al., 2006) ont suivi 32 étudiants belges en anglais pendant 22 heures de cours. Un groupe a travaillé les mêmes textes que l’autre, mais avec une consigne : repérer et retenir les séquences toutes faites, ces blocs de mots que les natifs disent d’un trait, comme « à mon avis » ou « ce qui me plaît, c’est ». À la fin, deux examinateurs, qui ne savaient pas qui appartenait à quel groupe, ont noté un entretien oral. Ils ont jugé le groupe « séquences » plus fluide et plus à l’aise, et plus un étudiant utilisait de ces blocs, mieux il était noté. L’explication est mécanique : un bloc mémorisé se récupère d’un coup, sans effort de construction, et libère de l’attention pour ce que tu veux vraiment dire.

Reste la question de la panne elle-même. Ali Al-Hoorie (Al-Hoorie, 2018) a rassemblé 32 rapports de recherche et 32 078 apprenants dans une méta-analyse, c’est-à-dire une étude qui additionne les résultats d’autres études. Il a mesuré le lien entre le « moi idéal en L2 », l’image que tu as de toi-même parlant la langue un jour, et l’effort que les apprenants déclarent fournir. La corrélation atteint r = 0,61, un lien fort : ceux qui se voient clairement en train de parler français travaillent davantage. Le lien avec les notes réelles est bien plus faible, r = 0,20, et il faut le dire. Mais pour un candidat qui bloque, l’idée est utile : une image concrète de toi en train de parler, avec tes propres sujets, alimente l’effort d’entraînement.

Mis ensemble, ces deux résultats donnent une stratégie : une coque de phrases toutes faites, apprise en bloc, que tu remplis avec ta vie réelle, celle dont tu as une image précise.

Fais ça aujourd’hui

Choisis trois ouvertures toutes faites et dis-les à voix haute jusqu’à ce qu’elles sortent sans réfléchir : « Ce qui me plaît, c’est… », « Par exemple, le week-end dernier… », « Pour être honnête… ». Puis remplis-les avec du vrai : ton quartier, ton travail, ce que tu as fait samedi. Enregistre-toi une minute sur ton téléphone. Réécoute sans te juger. Demain, mêmes ouvertures, un autre sujet. La coque reste, le contenu change.

Comment nos leçons l’utilisent

L’activité « Je m’appelle Nadia » (A1) se termine par « Dis-le à ta façon » : tu reprends la forme des phrases de Nadia et tu dis trois choses sur toi, ton prénom, ta ville, ce que tu aimes le samedi. C’est exactement une coque remplie avec ta vie. La version « shadowing » de la vidéo « L’ascenseur » marque des pauses pour que tu répètes chaque phrase à voix haute : tu gagnes des blocs prêts à sortir. Commence par Je m’appelle Nadia (A1).

La limite honnête

L’étude de Boers porte sur 32 étudiants, en anglais, avec deux juges : c’est petit, et une réplication a été demandée. La méta-analyse d’Al-Hoorie mesure un effort déclaré, pas un score, et une corrélation n’est pas une cause. Aucune des deux ne concerne le TCF ou le TEF. Ce sont des pistes solides pour t’entraîner, pas des garanties de note.

Tes questions

Qu'est-ce qu'une « séquence toute faite » ?

Un bloc de mots que les francophones disent en entier, comme « à mon avis », « ce qui me plaît, c'est » ou « en ce qui concerne ». On le récupère d'un coup, sans le construire mot à mot.

Est-ce que réciter des phrases apprises par cœur ne sonne pas faux ?

Si tu récites un texte entier, oui. Si tu utilises des ouvertures toutes faites pour poser tes propres idées, tu sonnes simplement comme quelqu'un qui parle.

Que veut dire r = 0,61 ?

C'est une corrélation, entre 0 et 1. Ici, plus les apprenants avaient une image claire d'eux-mêmes parlant la langue, plus ils déclaraient d'effort. C'est un lien fort, mais ce n'est pas une preuve de cause.

Références

Boers, F., Eyckmans, J., Kappel, J., Stengers, H., & Demecheleer, M. (2006). Formulaic sequences and perceived oral proficiency: Putting a Lexical Approach to the test. Language Teaching Research, 10(3), 245–261. doi:10.1191/1362168806lr195oa

Al-Hoorie, A. H. (2018). The L2 motivational self system: A meta-analysis. Studies in Second Language Learning and Teaching, 8(4), 721–754. doi:10.14746/ssllt.2018.8.4.2

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