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LE LABO · J’oublie · Nº 3

Appris à la maison, envolé à l'examen — pourquoi tester bat réviser

Par Débonnaire · 3 min de lecture

Le problème

La veille de l’examen, tu es prêt. Tu as relu tes fiches, tout est clair, tout est là. Le lendemain, devant la feuille, le vide. Les mots que tu « savais » hier ne reviennent pas, et tu sors en te disant que tu as travaillé pour rien.

Tu n’as pas travaillé pour rien. Tu as travaillé de la façon qui donne le meilleur résultat la veille et le pire une semaine plus tard.

Ce que la recherche a trouvé

Roediger et Karpicke (2006) ont demandé à des étudiants d’apprendre un texte. Un groupe l’a étudié deux fois. L’autre l’a étudié une fois, puis a essayé de le restituer de mémoire, sans le revoir. Puis on a mesuré ce qui restait, à deux moments.

Cinq minutes après : le groupe « étudier deux fois » est devant, 81 % contre 75 %. Réviser marche, sur le moment.

Une semaine après : le classement s’inverse. Le groupe « étudier deux fois » tombe à 42 % ; le groupe « étudier puis se tester » tient à 56 %. Même temps passé. La seule différence est ce qu’ils ont fait de la deuxième session : relire, ou se rappeler.

C’est exactement ta veille d’examen. Relire te donne le score à cinq minutes — et te fait croire que tu es prêt. Se tester te donne le score à une semaine — et te fait douter la veille. Soderstrom et Bjork (2015) ont un nom pour ce piège : on confond la performance pendant l’étude avec l’apprentissage qui reste après. Les deux ne vont pas toujours ensemble, et parfois ils vont dans des sens opposés.

Un détail rassurant : se tester marche même quand on rate. Kornell, Hays et Bjork (2009) ont montré qu’essayer de répondre, se tromper, puis voir la bonne réponse, se retient mieux que lire la bonne réponse tout de suite.

Fais ça aujourd’hui

Ferme ton cahier. Sur une feuille blanche, écris tout ce que tu te rappelles de la dernière leçon : mots, phrases, règles. Compare ensuite avec le cahier et note ce qui manque. Ce que tu as trouvé sans aide, tu le garderas ; ce qui manquait, tu sais maintenant quoi reprendre.

Fais-le dès aujourd’hui, pas la veille de l’examen : le jour d’avant, il faut que le doute ait déjà eu lieu.

Comment nos leçons l’utilisent

Chaque leçon te fait répondre avant de relire. « Je m’appelle Nadia » te demande de cacher le texte, de retrouver le prénom, la ville et le samedi de Nadia, puis de vérifier. Ce moment où tu constates l’écart entre ce que tu croyais savoir et ce que tu as vraiment retrouvé est celui qui reste.

Fais-le dans Je m’appelle Nadia (A1) aujourd’hui, pas la veille de l’examen.

La limite honnête

L’expérience de Roediger et Karpicke porte sur des textes en langue maternelle, avec des étudiants universitaires. Les études en langue seconde vont dans le même sens, mais l’ampleur varie selon le niveau et ce qu’on mesure. Et se tester ne remplace pas comprendre : si tu ne comprends pas la question, aucun rappel ne te sauvera — c’est le rôle des corrections, pas du test.

Tes questions

Pourquoi j'avais l'impression de tout savoir la veille ?

Parce que relire rend le contenu fluide et familier, et le cerveau confond fluidité et mémoire. Soderstrom et Bjork (2015) appellent ça la différence entre performance (sur le moment) et apprentissage (qui reste).

Je me teste et je rate presque tout. C'est normal ?

Oui, et c'est même utile : Kornell, Hays et Bjork (2009) ont montré qu'un essai raté suivi de la bonne réponse se retient mieux que la bonne réponse lue directement.

Combien de temps avant l'examen faut-il arrêter de réviser ?

On n'arrête pas, on change de mode : la dernière semaine, on ne relit plus, on se teste sur de vrais sujets avec corrections.

Références

Roediger, H. L., & Karpicke, J. D. (2006). Test-enhanced learning: Taking memory tests improves long-term retention. Psychological Science, 17(3), 249–255. doi:10.1111/j.1467-9280.2006.01693.x

Kornell, N., Hays, M. J., & Bjork, R. A. (2009). Unsuccessful retrieval attempts enhance subsequent learning. Journal of Experimental Psychology: Learning, Memory, and Cognition, 35(4), 989–998. doi:10.1037/a0015729

Soderstrom, N. C., & Bjork, R. A. (2015). Learning versus performance: An integrative review. Perspectives on Psychological Science, 10(2), 176–199. doi:10.1177/1745691615569000

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